Une variation « le collectif n’est rien, que le sujet de l’individuel », par Jean-Pierre Klotz

La psychanalyse est réputée être une expérience individuelle, dans la mesure où  il n’y a ni psychanalyse ni inconscient collectifs dans l’expérience issue de Freud. On n’y procède qu’au un par un dans les cures. 
Mais on est toujours au moins deux, l’analysant et l’analyste. On ne s’analyse pas tout seul, aucune introspection, aucune opération purement intellectuelle n’y suffit jamais. Cela ne se fait pas sans de la présence, voire de la mise en présence. L’expérience ne saurait s’instaurer en s’en passant.
Il n’est pas abusif dès lors de parler de collectif pour ces au-moins-deux. Même si la psychanalyse vise la singularité du sujet, celle-ci ne saurait être atteinte sans opération collective, à deux. Jamais deux sans trois dit le proverbe, qui n’est pas sans viser la même cible, sans doute, puisque le transfert se met en place comme tiers entre les partenaires. Commençant à deux, le collectif s’étend.
Lacan a commencé son enseignement en disant l’inconscient structuré comme un langage, lequel commence avec deux signifiants, minimum nécessaire pour faire chaîne. Il y a donc le collectif des signifiants à côté de celui des partenaires,  que l’on peut dire collectif de corps, ce qui a pour avantage de d’amener vers le collectif des psychanalystes, lesquels ont depuis les débuts de Freud une « vie collective » plutôt mouvementée. Il y a là une logique, puisqu’il n’y a pas de psychanalyste tout seul. Les apparences sont trompeuses, et la question de la vérité est ce qui caractérise la psychanalyse selon Lacan, mais il ne faut pas prendre les vessies de cette dernière pour des lanternes. Sinon, comme le disait Pierre Dac, on se brûle!…
Les protagonistes de cette pratique ne sont pas des individus, contrairement aux idées reçues, mais des sujets, tels que définis par Lacan comme sujets de l’inconscient. Le sujet pour Lacan n’est pas individu, mais « dividu » si je puis dire, à savoir divisé, en tant que représenté par un signifiant pour un autre signifiant: il faut donc bien au moins deux signifiants. Et l’inconscient sera dit « transindividuel » par Lacan, non individuel donc!
La psychanalyse oppose donc le Un et le collectif dans une articulation serrée de l’ordre du « pas l’Un sans l’Autre », en tous cas pour que s’en produise quoi que ce soit! Le coeur en est le symptôme, et pour le symptôme, il faut du corps, de la jouissance comme Lacan dira de plus en plus, non seulement de l’image.
Il n’y a pas de solution psychanalytique hors du symptôme, lequel est le problème, mais aussi la solution. Il faut y aller un par un, mais on n’y est jamais seul! Les conditions d’abord du collectif sont cruciales dans tout ce qui se réclame de la psychanalyse. Celles de la politique ne le sont pas moins, et cela se rencontre à tout bout de champ.
Par exemple, tout ce qui vise l’identité comme solution en faisant l’impasse sur le symptôme, en politique comme en psychanalyse, est voué au pire, ou au moins à l’échec, lequel peut être productif s’il fait remettre au travail ce à quoi on pouvait croire être arrivé!… Mais ceci est une autre histoire, qui commence, beaucoup d’autres peuvent s’en suivre…. De quoi parcourir beaucoup de terrains, d’idées, de corps et de symptômes, seul et avec d’autres, jamais sans autres!….