Entretien avec Cécile Favreau : L’admission au sein du « collectif » de l’ECF


Eduardo Scarone : « Que représente pour toi l’expérience d’admission au sein du collectif de l’École, dans ton rapport à la cause psychanalytique? »

Cécile Favreau : « Une très grande joie a accompagné l’annonce de mon admission. Elle fait signe de ce que d’une part, ma demande à l’ECF a été entendue, demande soutenue par la force d’un transfert de travail à l’École qui s’est substitué au travail de transfert dans la cure. D’autre part, l’admission vient traiter un point de solitude subjective. Celui-ci est, pour le dire vite,  le résultat de l’expérience de la cure psychanalytique – de faire exception, différence absolue, avec son symptôme. Or de quoi est constitué le  collectif de l’École, si ce n’est d’un ensemble d’exceptions ? Comme le soulignait Philippe La Sagna à la journée Question d’École du 2 février dernier, « L’École c’est la solitude sans l’isolement (…) c’est un lieu d’accueil ouvert pour les symptômes».

 Cet accueil est éthique et politique. C’est ce point précisément qui est mis au travail dans le Séminaire de Toulouse « Accueillir la différence ». »

E.S. : « Qu’est-ce qui te paraît important de souligner de ce point de vue à propos de l’abord de la question du collectif par Lacan? »

C.F. :  » « Le collectif n’est rien, que le sujet de l’individuel », est extrait du texte de Lacan « Le temps logique… »[1], qui présente un  théorème logique à l’aide d’un petit apologue. Il faut lire ce texte ! Le collectif dans ce contexte est celui qui rassemble des sujets qui doivent prendre en compte la position des autres, pour décider de leur propre position, afin de pouvoir poser un acte (et gagner leur liberté).  Résultat de ce calcul subjectif : « Le « je », sujet de l’assertion conclusive, s’isole par un battement de temps logique d’avec l’autre » Il s’agit donc là d’un collectif qui n’existe qu’en tant qu’il produit un sujet, qui se différencie de l’autre au moment où il dit « Je ». Voilà le sujet de l’exception ! C’est différent du « collectif » freudien, la foule, les institutions comme l’armée, l’Église,  ce collectif de « tous égaux », « frères » soumis au même maître, ou orientés par le même idéal. Le « collectif » de l’École rassemble lui des « incasables » comme on a pu l’entendre à Question d’École, qui ne sont pas assujettis à un maître ou guidé par un idéal, mais plutôt apprennent à s’orienter dans la vie de la bonne façon par un savoir-y-faire avec leur symptôme. Car en effet, le discours de la psychanalyse est le seul à pouvoir opérer un traitement sur la jouissance. Les autres discours, celui du maître, de l’universitaire… sont impuissants sur ce point. C’est pourquoi les psychanalystes ont le devoir de s’intéresser à ce que Freud nommait « malaise dans la civilisation », afin « d’opérer sur le contexte discursif dans lequel ils vivent » [2](Gil Caroz, président de l’ECF), particulièrement aujourd’hui, au temps de l’émergence de la haine et des discours mortifères. »

[1]Lacan, J., « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée », in Écrits, Paris, Seuil, 1966.

[2]https://www.revuepolitique.be/quand-les-psychanalystes-se-politisent/